FONDS DE LA TOUR DU BOURG 29 RUE DU TEMPLE SAUMUR

SAUMUR

LA TOUR DU BOURG

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par Gildard Guillaume, président du Fonds de la Tour du Bourg

La Tour du Bourg a été, au cours des siècles, une tour-prison. Les femmes emprisonnées pendant la Terreur y ont laissé de beaux graffitis. En cela, elle a imité sa grande sœur, la Tour Grenetière, enfer des hommes entassés, et, au-delà, les donjons et les tours de notre pays, traditionnellement transformés en lieux carcéraux.

Sans être exhaustif, nous voulons faire un petit tour de France des donjons et tours qui ont servi de prisons(1).

En commençant par le Sud-Est...

Le donjon de Crest, dans la Drôme, date du 12ème siècle. Trois siècles plus tard, on en a fait un lieu de détention, un usage qui s'est poursuivi jusqu'au 19ème siècle. On y a vu se succéder des Huguenots, des collecteurs d'impôts, des ecclésiastiques, des prisonniers de guerre, des voleurs, des infanticides, des prostituées, des mendiants, des canuts lyonnais, des opposants au futur Napoléon III. Parmi les graffitis, on relève une représentation du chevalier d'Artagnan et un soleil à tête humaine.

La Tour de Constance est la grosse tour du mur d'enceinte voulue par Saint-Louis pour Aigues-Mortes. Après la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, cette construction de 22 mètres de diamètre et de 30 mètres de hauteur ne désemplit pas : on y entasse les Huguenots puis les Camisards. L'une des femmes incarcérées, Marie Durand, y a passé 38 ans de sa vie dans le cours du 18ème siècle et on lui doit ce graffiti aujourd'hui protégé comme un talisman : RESISTER.

A Avignon, le Palais des Papes, doté de multiples tours, a toujours servi de prison. Jean Perrin, Seigneur de Parpaille, a été décapité dans l'une des tours et on attribue à l'événement la création du mot « Parpaillot » pour désigner les Calvinistes. Face au Palais des Papes, mais de l'autre côté du Rhône, le donjon de Villeneuve-les-Avignons, qu'on appelle la Tour Philippe le Bel, n'était pas seulement là pour couvrir le pont Saint-Bénézet : sa vocation carcérale est une triste réalité.

Saint-Guilhem-le-Désert, dans l'Hérault, a sa Tour des Prisons.

A Narbonne, le Palais épiscopal n'a pas seulement permis de conserver à l'abri les archives de l'archevêché, il a aussi servi de prison à différentes époques troublées et notamment pendant la Révolution.

A Gruissan (Aude), il ne reste plus du château du 11ème siècle qu'une tour sinistrée ayant servi de geôle sinistre : comme si on voulait en grossir l'importance, on l'appelle tantôt la Tour de Broa, tantôt la Tour-prison, tantôt la Tour-Barberousse.

Dans la Tour des Prisons de La Viguerie, à Lunel (Hérault), on a entassé des prisonniers dès le 13ème siècle. 200 graffitis remarquables ont été répertoriés.

A Polignac (Haute-Loire), l'une des tours ornant la forteresse, appelée la Tour de la Géhenne, méritait bien son nom pour l'enfer réservé aux prisonniers.

En poursuivant dans le Sud-Ouest...

A la Rochelle, la Tour de la Lanterne, couronnée par une flèche rappelant les cathédrales, date du 15ème siècle. Conçue pour jouer un rôle strictement militaire, elle a « accueilli » des prêtres pendant les guerres de religions, des soldats de la Fronde, des Vendéens pendant les guerres de Vendée. Dans les murs des geôles, on trouve de superbes bas-reliefs sculptés par les prisonniers, souvent inspirés par la mer.

La Tour de Bourganeuf, dans la Creuse, porte désormais le nom de son plus illustre prisonnier : Zizim, fils de Mahomet II. Des résistants emprisonnés pendant l'occupation allemande y ont laissé de beaux graffitis.

A Puycelsi (Tarn), une tour du 15ème siècle a toujours servi de prison, jusqu'au 19ème siècle.

Dans le château de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), où Robert Enrico a tourné le Vieux fusil, le donjon, édifié au 12ème siècle, a bien rempli sa fonction carcérale.

Il se dit que des Templiers auraient été incarcérés en grand nombre au début du 14ème siècle dans la Porte des Tours construite à Domme (Dordogne). Il est vrai que l'on peut y admirer des graffitis d'inspiration religieuse.

En continuant au Nord-Ouest...

A Montmorillon, une tour du 13ème siècle, qu'on appelle la Tour de la Maison-Dieu, a servi de prison de la Révolution à la fin du règne de Louis-Philippe.

Les Espagnols vaincus par le Grand Condé à Rocroi en 1643 ont fait les honneurs de la Porte-Prison de Hennebont, dans le Morbihan, avant qu'on y accueille les forçats du bagne de Brest employés à creuser le canal du Blavet.

La Tour Solidor, construite en bordure de la Rance à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), a été transformée en prison dès la Révolution. Les prêtres, les religieuses, les prisonniers anglais qui s'y sont succédés ont laissé des graffitis intéressants.

Dans la petite cité de Guerlesquin (Finistère), on trouve une construction très originale édifiée au 17ème siècle par Vincent du Parc de Kerret. La prison était au rez-de-chaussée et le gardien logé avec sa famille au premier étage. Le maire s'y est trouvé fort à l'aise, avec ses conseillers municipaux, jusqu'en 1964.

Jusqu'à ce qu'on construise une maison d'arrêt, le donjon de Niort, dans les Deux-Sèvres, a reçu bien des prisonniers.

Ce sont encore de magnifiques graffitis, souvent sous forme de bas-reliefs, que l'on trouve dans la vieille tour du Prisonnier de Gisors (Eure), édifiée au 12ème siècle. Ils représentent tantôt des scènes historiques, tantôt des épisodes bibliques. Victor Hugo y avait été particulièrement sensible et y d'ailleurs laissé son nom gravé sur une croix sculptée deux siècles plus tôt.

En se promenant au Nord-Est...

Au 14ème siècle, les Comtes de Wurtemberg ont fait édifier une tour pentagonale pour la défense de la ville de Riquewihr (Haut-Rhin). On y trouve une authentique salle de torture, avec son estrapade et quelques instruments à écraser les os.

Dans la petite Tour dite aux Larrons, à Châteauvillain (Haute-Marne), on peut admirer un cul-de-basse-fosse impressionnant.

A Haguenau (Bas-Rhin), la Tour des Chevaliers a été une prison du 18ème siècle jusqu'à la 1ère guerre mondiale.

La Tour Bonjour, à Gondrecourt-le-Château (Meuse), a pris le statut de prison d'Etat tout de suite après le Premier Empire.

Le beffroi de Rue et celui de Saint-Riquier, dans la Somme, ont été des prisons, pour partie. Dans le second, des prisonniers français de la seconde guerre mondiale y ont sculpté des graffitis intéressants.

Le donjon de Cravant, dans l'Yonne, a servi de prison de sa construction jusqu'au 17ème siècle. On peut y découvrir des graffitis sculptés par des Templiers emprisonnés.

En prolongeant au centre de la France...

Le donjon de la Châtre a accueilli des prisonniers du 15ème au 17ème siècles.

En Eure-et-Loir, à Bonneval, la Tour des Prisonniers est le principal vestige des fortifications de la petite cité qu'on appelle aussi la Petite Venise de la Beauce.

La Tour Qui Qu'en Grogne, à Bourbon L'Archambault, dans l'Allier, n'est pas seulement intéressante par son nom, né des protestations des contribuables, mais aussi par les anneaux métalliques qui ornent ses murs et auxquels on attachait des prisonniers.

Le donjon de Vincennes (Val-de-Marne), l'un des plus hauts d'Europe, est devenu prison dès le 17ème siècle. Des personnages célèbres s'y sont succédés, tels le Prince de Condé, Fouquet, le Marquis de Sade, Mirabeau. Des graffitis y sont protégés.

A Provins (Seine-et-Marne), le donjon du 12ème siècle n'a pas eu seulement une fonction militaire : on l'a utilisé comme prison au Moyen-âge.

Dominant la forteresse de Chinon (Indre-et-Loire), la Tour du Coudray a accueilli un certain nombre de dignitaires de l'Ordre des Templiers, dont le grand maître Jacques de Molay, Geoffroy de Charnay, Geoffroy de Gonneville et Raimbaud de Caron. L'un des graffitis religieux, tous très beaux, comporte la mention : « Je requier à Dieu PDON » (« Je demande pardon à Dieu »).

Dans l'Essonne, le donjon d'Etampes, qui date du 12ème siècle, porte aussi le nom de Tour Guinette. Philippe Auguste y a inauguré sa fonction carcérale en y faisant enfermer, le lendemain même de ses noces, son épouse Ingeburge de Danemark, laquelle y a souffert pendant douze ans. Le duc de Berri, deux cents ans plus tard, a cru devoir y laisser incarcérer une enfant de huit ans promise au mariage.

Datant du 15ème siècle, la Tour dite Porte-Prison, à Châteauroux, a accueilli des prisonniers sous le règne de Louis XV.

A Châtillon sur Indre, dans l'Indre, le donjon du 12ème siècle, appelé Grosse Tour, ou Tour de l'Aigle, ou Tour de César, présente toujours à ses visiteurs les fers à enchaîner et les graffitis. Le bâtiment ancien qui jouxte cette tour abrite aujourd'hui l'office du tourisme mais a été longtemps un lieu de captivité comme en attestent les magnifiques graffitis laissés par les détenus.

On peut quelquefois être saisi d'effroi à la visite de ces lieux ou à la lecture de leur histoire souvent longue et mouvementée. Mais ces monuments existeraient-ils encore si le roi, le seigneur ou la municipalité n'en avait pas fait des prisons ? Que seraient devenus le Mont-Saint-Michel, l'Abbaye de Clairvaux ou l'Abbaye de Fontevraud si Napoléon n'avait pas décidé d'en faire des centrales pénitentiaires et si l'Administration du même nom, pour conserver la nouvelle vocation carcérale de ces constructions, n'avait pas, même en observant une grande économie de moyens, veillé à leur conservation ? En fait, il y a bien un paradoxe : c'est parce qu'on a privé des hommes et des femmes de leur liberté, souvent dans des conditions de survie ignobles et des conditions de droit discutables, que les monuments historiques ayant reçu ces pauvres hères s'inscrivent encore dans nos paysages, dominant de leurs hautes silhouettes secrètes et mystérieuses les abords de nos villes et veillant comme des sentinelles sur les cicatrices des enceintes disparues. Paradoxe encore que cette beauté lumineuse née de l'horreur des cachots sombres.

Gildard GUILLAUME

(1) Pour cet article, nous empruntons beaucoup au magnifique ouvrage d'Etienne Madranges (Prisons. Patrimoine de France, LexisNexis, 2013).

 

le 28/11/2013


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